Un chirurgien parisien du XVIIe sicle imaginait quon pourrait prolonger indfiniment lexistence des vieillards en injectant dans leurs veines le sang dun homme jeune Mais lespoir fut de courte dure et dans lEurope classique il resta difficile de vieillir En socit, tout vieillard est alors un Huron Molire ironise sur les dugnes et les barbons tandis que Corneille dplore cette vieillesse ennemie , dont Rembrandt et Frans Hals donnent une vision bien pessimisteAu XVIIIe sicle, tout bascule Greuze, Diderot et les prromantiques sattendrissent sur les bons vieillards Mieux soignsllixir de longue vie de Cagliostro ny fut sans doute pas pour grand choseils sont aussi plus nombreux Les catalogues de centenaires fleurissent Finie lpoque des vieux repoussants Les rles sont maintenant inverss les grands mres racontent les sorcires aux enfants, les grands pres deviennent des patriarches sages et fraisLa Rvolution, qui clbre les vieillards dvous la patrie, labore de beaux projets de pensions de retraite, mais ils naboutissent pas Au mme moment, le mdecin du roi de Prusse sintresse La Macrobiotique ou lart de prolonger la vie de lhomme Et en effet, lesprance de vie commence sallonger, sans que Malthus en devine les consquencesCar au XIXe sicle, la vieillesse part la conqute de lEurope Les ttes grises triomphent la tte des Etats Louis Philippe, Victoria, Metternich, Franois Joseph, les prsidents de la IIIe Rpublique Charcot fonde une vritable mdecine de la vieillesse En France, comme en Angleterre ou en Allemagne, se met enfin en place une politique sociale en faveur des vieux Certes lclatement de la famille entrane pour beaucoup une nouvelle solitude, mais ils acquirent un petit revenu en mme temps quun statut social Et le plus clbre dentre eux, Hugo, le grand pre sans mesure , donne la vieillesse sa plus belle dimension symbolique Jean Pierre Bois, n en , est ancien lve de lEcole Normale Suprieure de lEnseignement Technique, agrg dHistoire et docteur s Lettres Il est actuellement professeur lUniversit de Nantes