Extrait de l introduction de Jean Pierre Jacques On est l pour parler jeunesse On est l pour parler jeunesse Commenons par donner la parole un adolescent, un adolescent fictif, dont le texte est construit partir de bribes de ce que toutes sortes d adolescents croiss dans la vie ou croiss dans le mtier ont pu dire ou laisser entendre Donnons lui la parole Entre la loi qui interdit les drogues et l air du temps qui nous ordonne d en consommer, comment faire quand on est ado Mme pose ainsi, la question n est pas aussi claire est ce que vraiment la loi interdit de consommer les drogues Toutes les drogues Non, bien sr La loi autorise de se dchirer avec la bire, le vin et mme les alcools, parfois dissimuls derrire une limonade innocente Elle permet de s anesthsier avec les mdocs Pour la beu, c est plus trouble Certains disent que c est lgalis, d autres prtendent que non, d autres encore disent que cela dpend Toutes les autres drogues sont officiellement interdites Mais pourquoi en trouve t on alors partout, en rue, aux festivals, aux soires, chez les copains parfois et dans toutes les bonnes pharmacies Il est plus facile de se trouver un dealer en pleine nuit qu un mdecin De l autre ct, qu est ce que a veut dire ce qui nous ordonne d en consommer La plupart des potes affirment que quand ils ou elles consomment, c est parce qu ils ou elles l ont choisi, de leur plein gr Que personne ne le leur a impos, qu on ne les a pas ligots pour les initier de force Bon, parfois il y a bien un peu de pression du groupe, des copains, de la bande mais ce n est rien compar la pression des adultes pour nous dissuader de consommer, avec les arguments les plus dbiles Rien ni personne ne m a jamais impos de consommer de la beu, c est moi qui dcide Ah bon Mais alors comment se fait il qu une fte sans taffer c est plus une fte, a devient mme mortel Comment se fait il qu il n y a plus moyen de s endormir sans un tarp, c est mme la nuit blanche garantie Comment s expliquer qu il est impensable de draguer sans tre torch C est bien qu il y a quelque chose qui dcide ma place, au fond de moi, quelque chose d obscur, que je ne connais pas et que je ressens la fois comme un ordre imprieux et en mme temps comme l expression de ma propre volont Qu est ce que c est que ce Bronx La socit des adultes se vante de toutes sortes de slogans libert, panouissement individuel, droit au plaisir, dveloppement personnel, etc C est vrai que j ai le choix entre mille modles de smartphone C est vrai que je peux placer sur le Net mon blog en toute libert, y poster ce que je veux, chatter avec toute la plante ou presque et frapper sur mon clavier tout ce que j ai envie de dire C est vrai qu il n y a personne pour m interdire de prendre du plaisir comme je l entends cinoche, baise homo ou htro, levage de cafards de Madagascar ou n importe quoi Mais ne pas avoir de smartphone, est ce permis Non, ringard Ne pas surfer, ne pas avoir de page FB, est ce permis Non, t es dpass Ne pas prendre du plaisir T es malade Subtilement, une srie d injonctions viennent, trs discrtement et trs efficacement, me commander comment je dois vivre, me comporter, comment je dois jouir Jouir de la vie, mais surtout jouir des objets que les marchands ont mis ma disposition pour mon plus grand bonheur Bonheur L image du bonheur, oui Sur les pubs, ils ont tous un sourire qui leur dvisse la mchoire, que ce soit pour une nouvelle formule d abonnement un oprateur tlphonique, pour un chewing gum, pour des Nike Mais peine j ai achet, que je me sens un peu nique C est a, c est ce que j en attendais, mais dj j ai envie d autre chose, une autre promesse de bonheur me saute aux yeux, m appelle m ordonne d acheter, pour me combler de ce bonheur que je lis sur le visage des affiches ou des pop ups sur mon cran infatigable Oui je suis libre et heureux, heureuse Mais je dois acheter cette libert et ce bonheur tous les jours Parfois, je m en rends compte a me dprime Je veux en parler un pote, une copine Alors je dois sortir mon smartphone, allumer mon ordi et a repart, ce cirque, cette boucle sans fin dsirer, acheter, tre satisfait puis du, dsirer nouveau Parfois, c est un ami ou une amie que a dprime Il ou elle choisit alors de se consacrer un seul truc sa beu, ses extas, ses Vodka Taureau rouge Plus simple un seul objet, toujours le mme, fiable Pas comme les gens ou les objets clinquants du commerce Et il dit qu il est libre dans sa tte Qu il arrte quand il veut Mais que pour le moment, il ne veut pas Que c est bon pour lui, que a ne regarde que lui, que c est son plaisir et qu au plaisir on a tous droit Chacun le sien, et le sien, c est a Ah bonComment duquer une consommation d alcool responsable et moins risque Prises de risques, comas thyliques l adolescence, cuites rptition les occasions d inquitude ne manquent pas pour les parents d adolescents et les ducateurs Cet ouvrage fait le pari de tenir un propos accessible sur les abus d alcool et les autres ivresses l adolescence, sans tomber dans le clich ni le discours convenu Il aborde les conduites d ivresses des ados depuis leurs dterminants psychologiques ou familiaux jusqu leur intrication avec notre contexte de civilisation, qui promet la jouissance au travers de la consommation Il dcrit sans faux semblant les usages d alcoolisation et les excs dont les ados sont familiers, sans sombrer dans un catastrophisme systmatique et dprimant, sans juger ni condamner, mais en s efforant de comprendre pour mieux intervenir Les auteurs dnoncent fermement la responsabilit du lobby de l alcool, dcrivent ses pratiques de publicit sournoise et de pntration du public jeune par des offres sduisantes ainsi que les moyens dont les pouvoirs publics disposent pour ragir A partir de leur exprience au contact des jeunes et de leur famille, ils discutent avec la mme conviction des perspectives thrapeutiques et des mesures prendre en termes de prvention, au niveau familial ou collectif comment parler d alcool en famille, comment agir ou ragir en tant que parent, ducateur, enseignant ou spcialiste de la sant, comment initier nos ados plutt que de les laisser en proie aux pousse boire de notre poque qui a divinis la consommation Martin de Duve Responsable d une association de prvention et de promotion de la sant chez les jeunes et les tudiants, spcialiste des assutudes et l initiative du rseau Jeunes, alcool t en Belgique francophone, Martin de Duve est expert en sant publique et enseigne la promotion de la sant, la communication sociale et les assutudes dans l enseignement suprieur Il mne depuis plus deans des recherches, des publications et de nombreux projets de prvention destination des jeunes, des adultes relais et des responsables politiques Jean Pierre Jacques Psychanalyste et mdecin, il a fond et dirig pendant vingt ans un centre d accompagnement thrapeutique pour toxicomanes Il poursuit une pratique clinique oriente par la psychanalyse, dans laquelle il reoit notamment des personnes en dlicatesse avec l alcool ou les drogues, des adolescents et leurs proches, ainsi que des couples Il a publi divers travaux consacrs la relation soignant soign, aux dpendances et l approche psychanalytique