Extrait de l avant propos L addictologie, l heure actuelle, tend confondre et traiter de la mme manire toutes les addictions Pourtant, de multiples raisons dmontrent la spcificit de l addiction alcoolique Les jeunes s adressent souvent des drogues multiples et variables, mais lorsque l alcool vient tre choisi lectivement, il est bien rare que l alcoolique recoure autre chose par la suite, sinon pour potentialiser ponctuellement les effets de l alcool par des mdicaments Dj, il faut souligner que l alcoolisme se distingue par la prise d un produit ce n est pas une addiction une conduite mentalise, extrieure au corps, comme la passion du jeu Ensuite, le produit est un liquide qui s avale, geste la porte de tous sans exception, alors que l injection d un toxique demande une connaissance de l anatomie veineuse et une prcision auto agressive remarquables La consommation d alcool se diffrencie des autres toxicomanies parce qu elle n merge que par ses excs sur un fond d habitudes sociales, alors que la consommation de la drogue est considre comme asociale, en rupture, rsultant d un commerce illgal De la boulimie, la diffrence vient de ce que le produit alcool induit des modifications de conscience et des variations cnesthsiques que la nourriture ne donne pas L alcoolisme, par ses particularits, loin de la banalit qu on peut lui prter au premier abord, se rvle une pathologie mystrieuse et fascinante le paradoxe, c est dire la coexistence des contraires, s y trouve tous les niveaux Comment un produit aussi courant, licite et recherch qu une boisson alcoolise, peut il tre en mme temps une drogue dure, comme un rapport d experts le soutient L alcoologie a fini par faire admettre que l alcoolisme est une maladie psychique qui consiste prouver un besoin irrpressible de boire de l alcool Or, cette maladie, contrairement tout autre, peut tre aussi une faute professionnelle, et certaines de ses consquences sont un dlit, contredisant ainsi la dfinition mme de maladie Si l on compare avec le traitement juridique de la psychose, un psychotique dlirant pourra tre considr irresponsable au moment des faits, alors qu un alcoolique en totale inconscience ne le sera pas, son alcoolisme tant au contraire une circonstance aggravante Cette ambigut se retrouve dans l opinion gnrale La socit, dans un premier temps, encourage boire de l alcool il le faut, pour tre un homme, pour tre insr socialement Lorsque les choses se gtent, l environnement social, considrant uniquement la conduite, supposant mme que l alcoolique y trouve un plaisir vicieux, part du principe qu il n a qu se modrer, et, au pire, qu il n a qu se faire soigner Et l rside un nouveau paradoxe l alcoolisme est une maladie, mais ce n est pas une maladie curable comme les autres Jusqu ici, aucun mdicament, en traitement ou en substitution, ne peut empcher un alcoolique de boire de l alcool Les thrapies du comportement, les protocoles de soins, donnent peu de rsultats, jusqu ce que l alcoolique, de lui mme, puisse avoir la capacit de mettre autre chose que l alcool dans son verre La dcision d abstinence n appartient qu lui Encore faut il s interroger sur une compulsion irrsistible dont le remde est d y rsister radicalement Les statistiques ne rendent pas compte des angoisses de ces patients, angoisses auxquelles l alcool est spontanment la seule rponseMichle Monjauze est psychologue clinicienne de formation psychanalytique, spcialiste de la pathologie alcoolique Elle a exerc dans le service de psychiatrie de l hpital de Saint Germain en Laye et enseign comme matre de confrences en psychologie clinique l universit de Paris X Nanterre Elle a publi plusieurs ouvrages de rfrence dans le domaine de l alcoolisme